Pour cet amateur de découpage et de couplage, l’éducation du regard n’est pas passée par le cadre des écoles d’art mais s’est progressivement forgée dans un rapport volontairement buissonnier entre des disciplines savantes et des gestes communs. Dominique de Varine a su détourner les savoirs spécialisés qu’il a pu acquérir dans sa formation de sémiologue, en particulier toute l’analyse qu’il a pu faire de l’usage des couleurs dans les stratégies du marketing contemporain, pour les rendre autrement féconds dans une pratique proprement poïétique, qui revendique paradoxalement une lenteur - il est le fondateur de La galerie lente - et une réactivité extrême, hic et nunc.

On notera chez lui une passion de la lecture des journaux dès l’enfance. On se rappellera aussi que l’ensemble des Galipettes fut initié en 1994 à partir d’un incident minime : le hasard d’une chute d’une simple feuille A4 qui tombe sur la couverture d’un carton à dessin. Un long moment d’attente aura suivi avant qu’il n’entame cette opération d’évidement sur des supports aussi différents que le papier, le médium ou le verre.

Dominique de Varine consulte la presse sur le coup ou après coup. Il se laisse littéralement «impressionner» par ce qui agit à l’intérieur de la page : les composants formels autant que textuels. Dès ce premier moment de consultation, il réagit par un geste qui consiste à sélectionner la page. Cette réactivité peut se prolonger par un geste d’évidement - que l’artiste nomme avec amusement «galipette» -, mot qui renvoie à l’enfance mais aussi à l’érotisme. Ces gestes simples ne manifestent aucune virtuosité technique, ils s’affirment aussi comme rupture avec la place passive du lecteur.

Quand cet évidement s’accompagne d’autres actions plastiques : surlignage, éclaboussures, utilisation de gel pailleté, ces gestes ne viennent pas ajouter un degré de plasticité. Ils sont plutôt comme des indications sur la marge d’un texte composite, comme par exemple des échos à la tradition picturale intra ou extra-occidentale.

Ces gestes pourraient être ceux de chacun d’entre nous si nous pouvions appliquer les contre-principes d’un Robert Filliou dans son concept de créativité.


Vincent-Victor Jouffe, 2010